Les titres de presse n’aident pas. On y lit qu’« un métier sur quatre » va disparaître, que des géants de la tech licencient par milliers, qu’une machine à 10 000 euros par an remplace deux salariés. De quoi transformer n’importe quelle discussion familiale autour de l’orientation en source d’angoisse.

Avant de paniquer ou de déconseiller telle ou telle voie à votre enfant, prenons le temps de regarder ce que disent réellement les études sur les métiers menacés par l’IA. Car la vraie information n’est pas celle qu’on croit, et elle change beaucoup la façon d’accompagner un choix d’orientation.

Un robot et un humain travaillent face à face à leurs postes de travail, illustrant l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers.
L’IA ne remplace pas tous les métiers, mais elle transforme déjà la façon de travailler et les tâches confiées aux humains.

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Le chiffre qui devrait vraiment retenir votre attention

La donnée la plus importante de 2025 ne concerne pas les métiers en général. Elle concerne précisément les jeunes qui débutent.

Une équipe de chercheurs de l’université de Stanford a analysé les fiches de paie de millions de salariés américains. Leur conclusion, publiée fin 2025, est frappante : dans les métiers les plus exposés à l’intelligence artificielle (on vous donne la liste plus bas), l’emploi des 22-25 ans a reculé d’environ 13 % depuis l’arrivée massive des IA génératives en 2022 [1]. Chez les jeunes développeurs informatiques, la chute atteint presque 20 %.

Le détail qui change tout : sur ces mêmes métiers, l’emploi des travailleurs plus expérimentés, lui, a continué de progresser, de 6 à 9 % [1]. Autrement dit, l’IA ne supprime pas le métier de développeur ou de chargé de clientèle. Elle rend plus difficile l’entrée dans la profession pour celui qui débute, parce que ses premières tâches, les plus simples et les plus répétitives, sont justement celles qu’une IA sait désormais faire.

Pour un parent, cette nuance est capitale. Le risque ne porte pas sur l’existence du métier. Il porte sur la première marche de l’escalier, celle où votre enfant va se former et faire ses preuves. En d’autres termes, le métier que vise votre enfant ne va pas forcément disparaître. En revanche, trouver son premier emploi dans cette branche sera plus dur que jamais.

Quels métiers sont réellement dans la ligne de mire

Les professions les plus exposées partagent un point commun : elles reposent sur un fort volume de tâches standardisées, prévisibles et facilement numérisables. Ce sont des métiers où l’on peut décrire la tâche par une règle claire, et où l’humain n’apporte ni jugement complexe ni présence physique. L’étude Working with AI de Microsoft, comme les travaux de France Stratégie et de l’OCDE, dessinent à peu près la même carte [2][3].

À l’inverse, certaines activités résistent nettement mieux. L’OCDE estime que si environ 27 % des emplois sont fortement exposés à l’automatisation, seules 14 % des tâches sont réellement automatisables de bout en bout [3]. La différence entre ces deux chiffres, c’est tout l’espace dans lequel les métiers se transforment au lieu de disparaître.

Les métiers qui résistent le mieux ont eux aussi un dénominateur commun. Ils demandent soit un vrai contact humain, soit une intervention physique dans des environnements qui changent sans cesse, soit un jugement trop complexe pour être codé dans une règle. Dès qu’une part importante du travail suppose de comprendre une personne, de s’adapter à l’imprévu ou de trancher dans l’incertitude, la machine décroche.

Des métiers de la santé, de la technique et de la cybersécurité illustrent les professions qui résistent mieux à l’automatisation par l’IA.
Santé, terrain, énergie, cybersécurité : les métiers qui combinent présence humaine et jugement résistent mieux.

Métiers porteurs ou sous pression : ce que disent les chiffres

Pour rendre tout cela concret, voici deux courtes listes. Elles ne sont pas des prophéties. Elles croisent trois éléments utiles à une famille : l’exposition réelle du métier à l’automatisation, l’état des recrutements aujourd’hui, et l’affluence dans les formations qui y mènent. Un métier peut être porteur tout en étant très demandé en formation, ce qui change la difficulté d’accès. C’est précisément ce genre de nuance qu’une liste brute ne montre jamais.

Cinq métiers sous pression face à l’IA

  1. Agent de saisie et employé de back-office. Ce métier figure en tête de toutes les analyses d’exposition. Ses tâches de saisie, de tri et de classement sont parmi les plus automatisables qui soient, et l’OCDE les range dans le noyau dur des activités reprises par la machine [3]. Ce n’est pas une filière d’avenir à viser pour un jeune.

  2. Télé-conseiller et opérateur de centre d’appels. Ces postes subissent déjà l’effet des agents conversationnels. C’est l’un des métiers où le recul d’embauche des débutants est le plus visible dans les données récentes [1].

  3. Comptable et aide-comptable de premier niveau. Leurs tâches de saisie et de rapprochement sont largement automatisées. Attention à la lecture : le métier ne disparaît pas, il se déplace vers le conseil et l’analyse. Mais la porte d’entrée junior, elle, se resserre.

  4. Graphiste et illustrateur sur productions standardisées. Visuels simples, déclinaisons, packshots : ces activités sont directement concurrencées par les outils de génération d’images. Le portrait artistique, la direction de création ou le motion design complexe résistent bien mieux.

  5. Rédacteur et traducteur sur contenus génériques. Là encore, la traduction technique pointue, l’édition exigeante et le journalisme de terrain ne sont pas dans la même situation que la production de texte au kilomètre.

Le point commun de ces cinq métiers n’est pas qu’ils vont s’éteindre. C’est qu’un jeune qui y débute affronte une concurrence directe de la machine sur ses premières tâches, celles qui servent normalement à apprendre le métier.

Cinq métiers porteurs, dans des secteurs variés

  1. Infirmier. L’un des métiers les plus recherchés du pays. La demande grimpe avec le vieillissement de la population, et le secteur de la santé prévoit environ 500 000 postes à pourvoir d’ici 2030 [5]. Côté formation, la voie est très demandée : la filière infirmière a recueilli plus de 722 000 vœux sur Parcoursup en 2025, soit l’une des trois formations les plus sollicitées [6], et l’État ouvre près de 5 500 places supplémentaires en IFSI pour la rentrée 2026 [7]. Métier porteur, donc, mais à accès sélectif. Pour situer les études qui y mènent, des PASS aux écoles paramédicales, notre panorama des formations de la santé aide à s’y repérer. 

  2. Aide-soignant et auxiliaire de vie. Des métiers en tension forte et durable. France Travail recense environ 62 000 projets de recrutement pour les aides-soignants et près de 69 500 pour les aides à domicile, ces derniers en hausse de plus de 13 % sur un an [5]. La formation est plus courte, un an pour le diplôme d’État d’aide-soignant, et reste accessible, ce qui en fait une voie concrète pour beaucoup de profils.

  3. Électricien et électrotechnicien. Ces métiers profitent à plein de la rénovation énergétique et de l’électrification. Enedis estime que les métiers de l’électricité pourraient croître de 61 % d’ici 2030, avec environ 43 000 recrutements à prévoir sur la période [8]. La filière se prépare dès le CAP ou le bac professionnel, puis le BTS, et offre une insertion directe sans bac+5 obligatoire.

  4. Technicien de la transition énergétique. Maintenance éolien et solaire, efficacité énergétique : ce secteur jeune est en forte demande. Les projections évoquent près de 200 000 postes à pourvoir dans les énergies renouvelables d’ici 2030, avec une pénurie déjà installée sur les profils techniques [8]. Ces métiers demandent une expertise de terrain qu’aucun algorithme ne remplace.

  5. Spécialiste de la cybersécurité et des données. Côté numérique, c’est l’un des rares domaines tech où la demande dépasse largement l’offre de candidats. L’observatoire piloté par l’ANSSI a recensé plus de 23 000 offres d’emploi en cybersécurité sur une seule année [4]. Nuance importante : c’est un métier de jugement et d’expertise, pas de tâches répétitives, ce qui le place du bon côté de la frontière automatisation/augmentation. Les parcours qui y conduisent sont surtout liés à la filière informatique et aux écoles d’ingénieurs.

Ce que ces cinq métiers ont en commun éclaire toute la réflexion : ils reposent sur du contact humain, une présence physique, ou un jugement difficile à coder. Et leurs filières mènent à un emploi réel, parfois sans exiger les études les plus longues.

Ce que cela change quand votre enfant choisit sa voie

Si l’IA bouscule l’emploi, elle ne le détruit pas en bloc. Le Forum économique mondial estime que d’ici 2030, environ 92 millions de postes seront supprimés dans le monde, mais que 170 millions seront créés, soit un solde positif de 78 millions d’emplois [2]. Les secteurs essentiels comme la santé et l’éducation figurent parmi les plus gros créateurs à venir.

Le rapport ajoute un chiffre qui devrait orienter vos conversations à la maison : près de 40 % des compétences demandées au travail vont changer d’ici 2030 [2]. La question utile n’est donc pas « quelle filière sera épargnée ? », mais « mon enfant apprend-il à s’adapter ? ».

Concrètement, trois repères peuvent guider un parent.

  • D’abord, regarder si la formation enseigne l’usage de l’IA plutôt que de l’ignorer. Un futur juriste, un futur graphiste ou un futur développeur qui maîtrise ces outils ne sera pas remplacé par eux ; il prendra l’avantage sur celui qui les a refusés. Fin 2024, déjà 23 % des salariés utilisaient une IA générative au moins une fois par semaine dans leur travail [4].
  • Ensuite, valoriser ce qui ne se code pas. Les compétences relationnelles, le sens du contact, la créativité, la capacité à décider dans l’incertitude sont devenues des atouts économiques, pas seulement des qualités personnelles.
  • Enfin, dédramatiser le choix lui-même. Un parcours d’orientation n’est plus une porte qu’on referme à vie. La réorientation et la formation continue font désormais partie du paysage normal d’une carrière. Et c’est sans doute la chose la plus rassurante à transmettre à un adolescent inquiet.

Un dernier point mérite d’être dit, car il touche beaucoup de familles au moment de Parcoursup. Viser un métier porteur ne suffit pas : encore faut-il obtenir une place dans la formation qui y mène, souvent sélective. Sur ce terrain, le classement d’un dossier ne dépend pas d’une machine, mais d’enseignants qui lisent des critères précis, un point que nous détaillons dans notre article «L’algorithme Parcoursup n’existe pas », et qui prolonge celui sur les éléments qui pèsent au-delà de la moyenne.

À retenir

L’intelligence artificielle ne fait pas disparaître des métiers entiers du jour au lendemain ; elle transforme le contenu du travail et durcit l’accès aux postes de débutants. Pour accompagner votre enfant, mieux vaut donc raisonner en compétences qu’en intitulés de métiers. Une filière qui apprend à penser, à s’adapter et à travailler avec les outils de son époque protège bien mieux qu’une filière prétendument « à l’abri ». Et la plupart de ces filières, justement, demandent ce qu’aucune machine ne sait offrir : du jugement, de la relation, de la présence.

La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin de prédire l’avenir du marché du travail pour aider votre enfant. Vous avez surtout besoin de l’aider à devenir quelqu’un qui sait apprendre. Pour relier ses centres d’intérêt à des métiers concrets et aux formations post-bac qui y mènent, une application comme Hopteo peut servir de point de départ à la discussion, sans jamais décider à la place de l’enfant.

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FAQ

L’IA va-t-elle vraiment supprimer des métiers ?

Rarement des métiers entiers. Les études montrent surtout que l’IA reprend certaines tâches répétitives et durcit l’accès aux postes de débutants, pendant que le métier lui-même se transforme et monte en gamme.

Quels métiers résistent le mieux à l’IA ?

Ceux qui reposent sur le contact humain, comme le soin ou l’éducation, une présence physique en environnement changeant, comme les métiers techniques de terrain, ou un jugement complexe, comme le conseil, la décision médicale ou l’encadrement.

Quels métiers sont les plus exposés à l’automatisation ?

La saisie de données, le back-office, les centres d’appels, la comptabilité de base, la production de visuels simples et la rédaction ou traduction de contenus génériques figurent en tête des analyses d’exposition.

Faut-il déconseiller une filière à son enfant à cause de l’IA ?

Pas sur la seule base d’un classement de « métiers menacés ». Mieux vaut regarder si la formation apprend à utiliser l’IA et développe des compétences difficiles à automatiser, plutôt que d’éviter un secteur en bloc.

Quels sont les métiers d’avenir d’ici 2030 ?

La santé, avec les métiers d’infirmier ou d’aide-soignant, les métiers de l’électricité et de la transition énergétique, ainsi que la cybersécurité figurent parmi les secteurs qui recrutent le plus et résistent bien à l’automatisation.

Comment aider mon enfant à choisir face à l’incertitude ?

En raisonnant en compétences plutôt qu’en intitulés de métiers, et en l’aidant à devenir quelqu’un qui sait apprendre et s’adapter. Un test d’orientation peut aider à clarifier ses envies avant d’explorer les filières.

Antoine Landraing

À propos de l’auteur

Antoine Landraing

Ingénieur des mines et cofondateur d’Hopteo, j’aide les familles à décrypter Parcoursup et à réussir leur orientation.

Sources

[1] Brynjolfsson E., Chandar B., Chen R., Canaries in the Coal Mine? Six Facts About the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence, Stanford Digital Economy Lab, 2025.

[2] World Economic Forum, Future of Jobs Report 2025, janvier 2025.

[3] OCDE, IA et travail / Employment Outlook, 2024-2025.

[4] Microsoft Research, Working with AI: Measuring the Occupational Implications of Generative AI, 2025 ; Observatoire des métiers de la cybersécurité (ANSSI / DGEFP / Afpa), 2025 ; Federal Reserve Bank of St. Louis, 2025.

[5] France Travail, enquête Besoins en Main-d’Œuvre (BMO) 2026 ; projections du secteur de la santé à horizon 2030.

[6] Parcoursup, statistiques de vœux 2025 (Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche).

[7] Ministère de la Santé, annonce du 29 janvier 2026 sur les places en IFSI pour la rentrée 2026.

[8] Enedis, étude sur les métiers de l’électricité, mars 2025 ; projections France Renouvelables / SER sur les emplois de la transition énergétique à horizon 2030.